Des méduses et des porcs
« Y’a des méduses ? » s’inquiète une quinqua marseillaise étonnée par la rareté des baigneurs dans l’eau turquoise de SA calanque. « Y’en a » répond laconiquement un trentenaire tatoué, étendu sur son mètre cinquante d’éponge, qu’une soudaine mitoyenneté semble sortir de sa torpeur. Il tend le bras vers la zone contaminée avant d’écraser machinalement un énième mégot de cigarette dans l’orifice minéral qui, par la forme et le diamètre, lui rappelle inconsciemment un objet façonné précisément à cet usage.
En cet fin d’après midi, quelques familles sur le départ abandonnent sur la plage un inventaire à la Prévert : Mégots de blondes, paquet de brunes, emballages de chips, emballages de biscuits, emballages d’emballages, mouchoirs, canettes de soda, bouteilles, écorce de pastèque, noyaux de pèches… En scrutant le sable et les interstices rocheux on se dit que cet endroit paradisiaque pourrait avoir été investi sciemment par le lobby agro-alimentaire et les industriels du tabac.
Parfois, il aura suffit de quelques regards réprobateurs toisant avec insistance un « inconsiommateur » isolé (l’effet de bande n’est pas propice à la réprobation constructive), pour qu’une soudaine réminiscence de savoir vivre, enfouie dans un cortex évoluant habituellement en mode « je m’en bat les couilles », reprenne l’ascendant.
Alors tête baissée, il déplie ses bras tatoués de motifs tribaux dont il ignore à la fois l’histoire et la symbolique et ramasse nonchalamment ses déchets industriels. La honte qu’il ressent à ce moment précis n’est pas liée au jugement des autres sur sa prétendue nature porcine, mais justement au fait qu’il trouve sale et dégradant de nettoyer lui-même son auge.
Le soleil décline peu à peu ses rayons à l’oblique. Les baigneurs se sont fait de plus en plus rare depuis le signalement de piqûres sans gravité mais suffisamment douloureuses pour réfréner l’ardeur des plus téméraires. La calanque s’apprête à accueillir ses visiteurs du soir : groupes d’amis, collègues de travail, familles de vacanciers appréciant la relative fraîcheur des heures tardives. A quelques mètres du rivage, Aurélia déploie langoureusement sa chevelure urticante dans l’eau limpide de Mare Nostrum. Elle interpelle Pélagia, une espèce voisine qui semble s’être déplacée avec tout son banc. « Y’a des porcs ? S’inquiète t elle. « Y’en a »
LACO
Classé dans:combat, coup de gueule, méduses | 2 Commentaires
Tags:marseille, méditérranée, méduses, mer, pollution, porcs, saleté

Excellent ! M’autorisez vous à publier sur mon blog un extrait de ce sujet en renvoyant les internautes via un lien sur la page de votre blog pour lire la suite ?
Cordialement,
Thierry
Merci. Bien sûr, faites circuler, j’espère que petit à petit les comportements évolueront. Bien à vous, LACO